Une fondation de l’abbaye de Solesmes au Sénégal
Le monastère bénédictin de Keur Moussa au Sénégal a été fondé en 1963 par l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes en France (Sarthe). La fondation a eu lieu à la demande de Mgr Marcel Lefebvre, alors archevêque de Dakar. Neuf frères ont donc été envoyés au Sénégal pour y implanter la vie monastique. Peu à peu, des vocations sont nées et des moines sénégalais, gabonais, camerounais, guinéens et congolais ont demandé leur admission au monastère de Keur Moussa.
Les moines vivent avec simplicité la vie monastique issue de la tradition des Pères du désert, de la règle de saint Benoît et de l’héritage de l’abbaye de Solesmes. L’actuel père-abbé de Keur Moussa, le père Olivier-Marie Sarr, a décrit pour KTO les trois réalités ecclésiales de cette tradition : « la doctrine, la liturgie et la vie fraternelle. Vie fraternelle en communauté et hors communauté comme l’accueil des hôtes, l’écoute, sans oublier nos relations au quotidien avec nos voisins musulmans avec qui nous travaillons. » Cependant, l’abbaye de Keur Moussa possède des particularités propres.
Keur Moussa et l’inculturation de la liturgie
Les moines arrivés au Sénégal en 1963 ont très vite découvert la richesse de la culture de ce pays, avec ses couleurs, ses tissus, ses dialectes (wolof, sérère, diola), et surtout, sa musique pétrie de tam-tam et de kora. Tout en conservant l’attrait pour une liturgie soignée, les frères ont réalisé un effort d’inculturation de cette liturgie en intégrant des psalmodies en français, des chants en wolof et des instruments africains. La kora ou « harpe africaine », avec ses 21 cordes, accompagne désormais la liturgie à Keur Moussa.
Dans le respect du numéro 119 de la Constitution sur la Sainte Liturgie (Sacrosanctum Concilium) qui ouvre au respect de la musique traditionnelle des peuples, la liturgie à Keur Moussa manifeste une foi incarnée. Comme l’explique le père Olivier-Marie Sarr : « La composition des tons s’inspire essentiellement du chant grégorien et de la musique africaine qui ont au moins trois points communs : faire chanter la parole, élever le cœur et nourrir la vie spirituelle. »
Une « œuvre d’évangélisation à travers la musique »
Le père-abbé de Keur Moussa précise que cette spécificité musicale propre à l’abbaye est une « œuvre d’évangélisation à travers la musique ». La musique contribue au rayonnement de l’abbaye. Par l’enregistrement de cassettes, de CD et la mise en place de plateformes de téléchargements, des centaines de milliers de personnes ont été touchées par cette liturgie. Pour ses 60 ans d’existence, l’abbaye s’apprête à enregistrer deux nouveaux CD. La retransmission des vêpres sur la chaîne KTO participe de cette mission d’évangélisation.
Keur Moussa, un rayonnement bien au-delà de l’abbaye
Lors de leur arrivée au monastère en 1963, les moines ont choisi pour devise le psaume 64, 13 (Vulgate) : « Les oasis du désert refleuriront. » Le rayonnement de l’abbaye est large. Les frères ont développé la biodiversité et l’écosystème par l’implantation de plusieurs espèces végétales et en fournissant de l’eau aux populations. La création d’une ferme a permis la production de fromages de chèvre. Face à l’afflux de malades, un dispensaire a été fondé sur le domaine du monastère, aujourd’hui administré par les Servantes des pauvres. Les frères ont construit, en dehors de l’abbaye, une école primaire en 1965, puis une école agricole en 1972. Ils projettent désormais l’ouverture d’un complexe scolaire plus large, alliant enseignement général, formation technique et professionnelle, et formation en agroécologie, en partenariat avec la Direction de l’Enseignement catholique de Thiès.
L’abbaye est très implantée dans la vie de l’Église locale, notamment dans le diocèse de Thiès, érigé en 1969. En 2003, l’abbaye de Keur Moussa a fondé le monastère Saint-Joseph de Séguéya en Guinée Conakry.