Dimanche 24 avril, les Français sont invités à se rendre aux urnes pour élire le prochain président de la République. Ils auront à choisir entre le président sortant Emmanuel Macron et la candidate Marine Le Pen. Comme en 2017, les évêques de France n'ont pas pris position, mais ont souhaité rappeler certains principes.
Avant le second tour de l'élection présidentielle, la Conférence des évêques de France (CEF) rappelle « l’importance de voter et de le faire en conscience, à la lumière de l’Évangile et de la doctrine sociale de l’Église ». En janvier 2022, le conseil permanent de la CEF avait publié un texte de réflexion et d'aide au discernement titré L'Espérance ne déçoit pas.
Dans un communiqué publié dans l'entre deux tours, les évêques ont repris les mots de Mgr Éric de Moulins-Beaufort prononcés lors du discours de l'assemblée plénière des évêques de France vendredi 8 avril : « Dimanche, nous n’élirons pas un sauveur de la France, ni un messie, ni quelqu’un qui devrait incarner tout le bien à faire. Nous aurons à choisir un responsable politique, homme ou femme, celui ou celle qui aura à conduire notre pays dans les temps toujours incertains où l’humanité avance, dans ces temps spécialement incertains de fractures sociales, de crise sanitaire, de crise écologique, de guerre toujours possible. »
Dans un entretien à RTL ce lundi de Pâques, Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre, a expliqué : « Nous ne cherchons pas à confessionnaliser ou cléricaliser le vote. »
La position des évêques, rappelant de grands principes sans prendre position pour l'un des candidats, est similaire à 2017. Une position différente à l'élection présidentielle de 2002, qui avait vu l'opposition entre Jean-Marie Le Pen et Jacques Chirac. Certains évêques, dont le cardinal Jean-Marie Lustiger, avaient fustigé le chef de file du Front national, d'autant plus critiqué en raison de sa reprise de l'expression du pape Jean-Paul II « n'ayez pas peur », invitant à « entrer dans l’espérance » après les résultats du premier tour.
Catholique, un électorat hétérogène
Un sondage Ifop pour La Croix confirme que l'électorat catholique est peu homogène. Interrogé le dimanche 10 avril, jour du premier tour, 29% des catholiques sondés indiquent voter pour Emmanuel Macron, 27% pour Marine Le Pen, 14% pour Jean-Luc Mélenchon, 10% pour Éric Zemmour et 7% pour Valérie Pécresse.
En février 2022, sur le plateau de KTO, le président de la Conférence des évêques de France rappelait que : « on ne peut pas déserter le champ politique ». Dans cette émission L'Église et les élections, sans langue de buis, des personnalités politiques de différents bords étaient invités.
Les responsables d'autres religions adoptent une posture différente des évêques
L'attitude des évêques les différencie des responsables des autres religions en France. Ainsi, la Fédération Protestante de France a souhaité rappeler « combien ses engagements pourront être entravés en cas de victoire du Rassemblement National ». L'élection de Marine Le Pen est vue comme un risque pour la liberté religieuse, les actions pour l’accueil des migrants, des étrangers, les œuvres auprès des plus vulnérables, le plaidoyer sur les questions climatiques, et de façon plus générale le projet de promotion de la fraternité et de lutte contre les inégalités, a expliqué la FPF.
Elie Korchia et Haïm Korsia, respectivement président du Consistoire central et Grand rabbin de France, ont publié un communiqué le 13 avril, appellant à voter pour Emmanuel Macron. Ils notent la « charge violente contre la laïcité », notamment par l'interdiction de l'abbatage rituel et de l'importation de viande abbatue rituellement, promue par les cadres du RN.
« Empêchons l'irremédiable. Que l'on ne s'y trompe pas : l'abstention et le vote blanc renforceront l'extrême-droite », a écrit le recteur de la Grande mosquée de Paris Chems-eddine Hafiz. Il appelle à agir en votant Emmanuel Macron.