Cultes en France : une mesure sanitaire « irréaliste » et « inapplicable »

Publié le 25/11/2020

La Conférence des évêques de France affirme que « traiter ainsi les religions, c’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants », après la confirmation d'une jauge de 30 personnes pour les célébrations religieuses, à partir du 28 novembre. Elle dépose un référé liberté au Conseil d'État.

« Les pouvoirs publics organisent une situation impossible », a affirmé Mgr Eric de Moulins-Beaufort, président de la Conférence des Evêques de France (CEF) et archevêque de Reims, après l'annonce du maintien de la jauge à 30 personnes par le Premier ministre Jean Castex.

 

Le président de la CEF a expliqué à KTO « les situations compliquées » qui pourraient survenir ce weekend : « Comment fait-on pour célébrer ce dimanche avec des gens qui vont demander de participer à la messe et qui seront évidemment beaucoup plus nombreux dans certains lieux que les 30 personnes réglementaires ? Qui va compter et dire au 31e : « stop » et de s’occuper de tout ceux qui vont rester dehors. »

Face à cette mesure, la Conférence des Évêques de France a déposé un référé-liberté au Conseil d'État. Ils espèrent ainsi « contribuer à apaiser les esprits ». Cette démarche avait déjà été entreprise lors du premier déconfinement et également début novembre. Une réunion est prévue dumanche 29 novembre entre plusieurs évêques et le Premier ministre, a annoncé la CEF dans un communiqué. « La messe ne peut pas devenir un lieu de combat et de revendication mais rester un lieu de paix et de communion », ont-ils écrit.

 

Un communiqué révolté de la CEF

Jeudi 26 novembre, le Premier ministre Jean Castex a détaillé lors d'une conférence de presse les mesures de la nouvelle phase du confinement. Parmi les décisions, les cultes publics pourront reprendre ce samedi 28 novembre, dans une limite de 30 personnes. La CEF a indiqué dans un communiqué son « regret (...) que la jauge de 30 personnes par lieu de culte pour les célébrations est maintenue pour ce dimanche ». « Il n'en est rien ! », s'est-elle exclamé.

« La CEF s’interroge sur les véritables critères utilisés par le gouvernement pour fixer les conditions de ce confinement. Certes les cultes ne sont pas des commerces mais traiter ainsi les religions, c’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants. C’est une grave erreur pour notre société tout entière »,  a-t-elle écrit.

 

 

« Le Premier ministre explique sa fermeté par la situation épidémiologique, a déclaré la CEF, néanmoins les protocoles présentés par les différentes religions auraient pu permettre des décisions plus facilement applicables et équitable. » Le 15 décembre, cette jauge pourrait évoluer en fonction de la situation sanitaire.

Depuis les annonces de Jean Castex, les réactions sont nombreuses de la part de catholiques et de nombreux évêques, notamment sur les réseaux sociaux. Ils affichent leur incompréhension de la jauge de 30 personnes, malgré les tailles différentes des lieux de culte, comme Mgr Olivier Ribadeau-Dumas, recteur du sanctuaire de Lourdes.

 

« Je demande au Premier Ministre d’apporter la preuve que nos assemblées cultuelles sont des lieux de contamination. Affirmation gratuite contredite par les faits: jamais aucun cluster n’a été identifié dans nos assemblées. La jauge de 30 est inapplicable. C’est du mépris », a tweeté Mgr Marc Aillet, évêque du diocèse de Bayonne. 

 

 

« Une grave erreur pour notre société tout entière »

Au-delà de la jauge de 30 personnes, le sentiment de ne pas avoir été entendu est fort. « Certes les cultes ne sont pas des commerces mais traiter ainsi les religions, c’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants. C’est une grave erreur pour notre société tout entière », a écrit la CEF.

 

 

« Quelle indécence et quel mépris », a affirmé le collectif « Pour la messe », dans un tweet publié après les annonces détaillées de Jean Castex. « Au bout d'un mois de travail, on se rend compte que rien n'est entendu et que la seule ouverture est le régime qui est appliqué aux funérailles », a expliqué Jean-Benoît Harel, étudiant et initiateur de la pétition « Pour la messe ». Plusieurs réunions de travail entre les représentants catholiques, orthodoxes, protestants, musulmans et juifs et le gouvernement ont eu lieu depuis le référé-liberté déposé par les évêques devant le Conseil d'Etat.

 

Après la déclaration d'Emmanuel Marcon, la CEF espérait une modification de la jauge

Mardi 24 novembre, à la suite des déclarations du président Emmanuel Macron, la Conférence des évêques de France avait qualifié la jauge comme « pas du tout conforme aux discussions qui ont eu lieu ces dernières semaines avec les ministres concernés ». Vincent Neymon, porte-parole de la CEF, avait précisé à KTO : « Nous étions tous d’accord, les différents représentants des cultes en France, sur une manière de revenir au culte public qui tienne compte des proportions ou de l'espace de 4m2 autour des fidèles. Nous ne comprenons pas pourquoi nous n’avons pas été compris. »

Le président de la CEF et archevêque de Reims Mgr Éric de Moulins-Beaufort s'était entretenu par téléphone avec Emmanuel Macron. « Il ressort qu’une jauge réaliste, tout en restant stricte, sera définie d’ici jeudi matin », avait alors expliqué la CEF dans un nouveau communiqué publié mercredi 25 novembre.

Le déroulé des faits :

 

► Mardi 24 novembre : le président Emmanuel Macron déclare qu’une jauge de 30 personnes dans les lieux de culte, quelle que soit la taille de l'édifice, sera appliquée dès le 28 novembre, lors de la nouvelle phase du confinement.
► La Conférence des évêques de France, comme d’autres cultes, expriment leur incompréhension de cette mesure. Après un entretien téléphonique avec Emmanuel Macron, Mgr Éric de Moulins-Beaufort affirme que le gouvernement reviendrait sur cette jauge jeudi.
► Jeudi 26 novembre : le Premier ministre Jean Castex confirme la jauge de 30 personnes par célébration religieuse. La CEF déclare : « C’est considérer comme accessoire la foi de millions de croyants. »
► Vendredi 27 novembre : La CEF et plusieurs évêques annoncent déposer un référé-liberté au Conseil d’État.

 

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