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Loi sur l'aide à mourir : une « rupture grave »

Publié le 16/07/2026

Une « rupture grave » : ce sont les termes de la Conférence des évêques de France (CEF), après l'adoption le 15 juillet 2026 de la proposition de loi sur l'aide à mourir. Dénonçant cette « possibilité de provoquer la mort », le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la CEF, appelle tous les fidèles à continuer de se mobiliser pour « servir la vie ».

Après un long processus parlementaire, l'Assemblée nationale a définitivement adopté, par seulement 291 voix contre 241, la proposition de loi sur la fin de vie qui légalise l'euthanasie et le suicide assisté en France. « Ce 15 juillet 2026 marque une rupture grave dans l'histoire de notre pays », a réagi la Conférence des évêques de France dans un communiqué. « Les députés ont inscrit dans la loi française la possibilité de provoquer la mort. Ce choix rompt avec la longue tradition du soin dont la vocation est de soulager la souffrance et d'accompagner chaque personne jusqu'au terme naturel de sa vie », écrivent le cardinal Jean-Marc Aveline, président de la CEF, Mgr Vincent Jordy et Mgr Benoît Bertrand, vice-présidents.

« Notre rapport à la vulnérabilité changera »

Si « les effets d'une telle législation ne se mesurent pas encore », les évêques de France alertent : « Notre rapport à la vulnérabilité, à la vieillesse, au handicap ou à la maladie, changera. Le lien de confiance entre les générations mais aussi entre les soignants, les patients et leurs familles sera dégradé et le regard de la société sur la fragilité, abîmé. » Ils insistent aussi sur le fait que « les plus pauvres risquent d'être les premiers à en payer le prix : ne voulant pas être une charge pour leurs enfants ou petits-enfants, les personnes âgées en précarité pourraient se sentir poussées à partir ».

Un appel à la mobilisation

Rappelant la mobilisation continue des catholiques de France depuis quatre ans, le cardinal Jean-Marc Aveline regrette « que les enjeux politiques, idéologiques et sans doute même économiques, déguisés par des mots trompeurs », aient eu raison de la sérénité des débats. Cependant, l'engagement des chrétiens ne doit pas s'éteindre, demande la CEF : « Ce vote du 15 juillet nous appelle donc à un engagement renouvelé, avec les familles, les soignants, les bénévoles, les proches aidants, les associations, les aumôniers, pour témoigner qu’une autre voie est possible, celle d'une présence fidèle et d'un accompagnement attentif qui apaisent les souffrances physiques ou psychologiques, sans jamais abandonner quiconque. »

Cette mobilisation doit continuer de s'inscrire dans « la ferme espérance que donne l'Évangile » car « la grandeur d'une société ne réside jamais dans le fait de donner la mort aux plus fragiles, ou leur permettre de se la donner, mais au contraire de les accompagner, par une fraternité réelle, jusqu'au bout. Car le Christ en qui ils croient est venu pour que le monde ait la vie », conclut le cardinal Jean-Marc Aveline, reprenant la devise du voyage du Pape en France en septembre prochain.

La réaction des associations

Les associations mobilisées auprès des malades et des personnes handicapées ont elles aussi réagi après le vote du 15 juillet. « Ce vote constitue une grave rupture éthique et sociale », déplore Alliance Vita, qui appelle à lancer une nouvelle phase de mobilisation : « Plus que jamais, nous affirmons que chaque vie humaine possède une dignité inaliénable. Nous ferons échec à l'abandon. Nous serons la voix du plus faible contre la loi du plus fort. »

« La mort administrée s’inscrit dans la même logique que celle qui, il y a 50 ans, légalisait l’avortement eugéniste. Les premières victimes de cette nouvelle loi seront toutes les personnes vulnérables, et notamment les personnes porteuses d’un handicap mental », insiste de son côté la Fondation Lejeune.

Enfin, l'association Les Éligibles et leurs Aidants dit accueillir « ce vote avec une inquiétude profonde et annonce qu'elle contribuera aux deux saisines du Conseil constitutionnel » initiées par le Premier ministre Sébastien Lecornu.

« Une civilisation ne se relève jamais seulement par des lois mais lorsque des consciences décident de servir la vie »

Longtemps mobilisé dans le débat bioéthique en France, Mgr Pierre d'Ornellas parle de son côté d'un vote qui « marque au fer rouge l’histoire législative de notre pays car il touche à l’une des questions les plus graves : celle de la vie humaine, de la souffrance et de la mort ». « L’Église reçoit ce vote avec gravité et ne peut taire sa profonde inquiétude devant un choix qui modifie notre regard collectif sur les personnes les plus fragiles », ajoute l'archevêque de Rennes.

L'adoption de cette loi n'est « pas la fin d’une histoire, mais le commencement d’une mission renouvelée », écrit-il dans un communiqué, rendant hommage à tous ces hommes et femmes « qui, parfois depuis de longues années, rendent visible une belle manière d’habiter le monde : leurs relations avec les malades vulnérables, leurs accompagnements tissés au long des jours, leurs recherches pour mieux lutter contre la douleur, leurs engagements toujours en équipe ». Mgr Pierre d'Ornellas salue l'« extraordinaire mobilisation » de tous, au-delà des croyances, qui « prouve qu’il existe, au plus intime de chaque conscience, un lieu où l’homme pressent que toute vie est un mystère qui appelle le respect plutôt que la maîtrise, la compassion plutôt que le geste létal ». « Une civilisation ne se relève jamais seulement par des lois, mais lorsque des consciences décident de servir la vie avec une fidélité renouvelée », conclut Mgr d'Ornellas.

« Mettons notre confiance en Dieu »

Plusieurs autres évêques ont réagi au vote définitif de la loi. Parmi eux, Mgr Dominique Lebrun, archevêque de Rouen qui évoque une « défaite civilisationnelle » et rappelle l'importance de la prière dans ce moment historique : « Mettant notre confiance en Dieu, nous refuserons de demander l’« aide à mourir » proposée  par la loi car elle enfreint ses commandements. Nous ferons en sorte de ne pas en être complices. Ce sera un combat. Nous serons tentés devant la souffrance, devant la demande d’autres personnes, devant ce qui est désormais légal mais demeure immoral. »

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