Introduction au documentaire


Interview de l'auteur

Abusé durant son enfance par un religieux capucin en Suisse, Daniel Pittet témoigne dans un documentaire inédit diffusé vendredi 6 octobre sur KTO.

Découvrez le parcours d’un homme extraordinaire, qui a gardé la foi malgré l’horreur des sévices dont il fut victime, jusqu’à sa rencontre avec le pape en 2016.

Un témoignage bouleversant, difficile, mais nécessaire pour cheminer en vérité.

Pourquoi un tel film ?

Pour son premier documentaire intégralement autoproduit, KTO a choisi un sujet plus que difficile : le témoignage de Daniel Pittet, violé pendant quatre ans à partir de ses neuf ans par un prêtre capucin suisse.

Parce quel seule la vérité importe, parce que l’Église la doit aux victimes et à elle-même, KTO présente depuis des années avec clarté les erreurs parfois très graves commises au sein de l’Église, mais aussi les efforts réels entrepris par ses instances, papes et évêques, pour écouter les victimes, améliorer la formation des clercs, poursuivre ce travail de vérité et mieux collaborer avec les autorités judiciaires.

Ainsi, KTO, la chaîne catholique, relaye régulièrement les affaires dans ses journaux d’actualité, propose des émissions spéciales avec des congrégations particulièrement touchées, crée des débats en présence de tous (association de victimes, autorités et évêques), etc.

Chacun sait que ces affaires ne touchent pas que l’Église, mais chaque fait est abominable et l’Église, qui veut offrir le visage de Dieu, a un devoir particulier d’exemplarité, car seule la vérité rend libre. KTO entend depuis toujours, à sa place, y contribuer.

Les extraits du film

Bande-annonce

Père Joël Pralong, accompagnateur spirituel de Daniel Pittet

Père Claude Ducarroz, prévôt du Chapitre à la cathédrale de Fribourg

 

L'interview de l'auteur

 

Philippine de Saint-Pierre est journaliste, directrice générale de KTO. Elle est l'auteur du documentaire "Mon Père, je vous pardonne". 

Est-ce bien le rôle d’un média d’Église de produire ce film, alors que beaucoup s’acharnent sur l’Église catholique ?
Philippine de Saint-Pierre : C’est ce que croit le pape François, dans le droit fil de Benoît XVI, puisqu’il a souhaité – fait rarissime – rédiger lui-même la préface du livre de Daniel Pittet : pour « faire sauter la chape de plomb qui étouffait les scandales et les souffrances ». On reproche à l’Église d’avoir fait des erreurs, d’avoir traité parfois avec trop de légèreté les faits qu’on lui signalait : c’est la vérité, et c’est une écharde dans sa chair. Bien sûr, les pédophiles sont une infime minorité dans le clergé. Bien sûr, les mêmes reproches devraient être adressés à beaucoup d’autres institutions. Bien sûr, la majeure partie des crimes de pédophilie se déroule dans les familles. Bien sûr, l’époque était plus tolérante, en tous cas plus inconsciente des dommages profonds subis par les jeunes victimes. Tout cela est vrai, mais ne diminue en rien l’horreur des faits. Seule la vérité rend libre.
Justement, vous dites que le film est aussi une manière pour Daniel Pittet de se libérer ?
C’est en tous cas ce que j’espère. Il lui a fallu près d’un an, avec son amie Micheline Repond, pour donner forme à ce récit douloureux, faire tout sortir, et rédiger son livre. Le danger pour lui, c’est de demeurer prisonnier de cette partie de son histoire, contraint de répéter sans cesse un témoignage pénible, au gré des conférences qu’on l’invite à donner dans toute l’Europe. Le film sert aussi à éviter cet enfermement en mettant son témoignage à portée du plus grand nombre.
"Nous avons un devoir de parler, parce que justement c’est essentiel pour les victimes"
Entre tous les médias, KTO a été sollicité pour recueillir ce témoignage et faire ce film, sans doute parce que l’on faisait confiance à la chaine pour présenter le récit en évitant à la fois les fausses pudeurs et le sensationnel. Avez-vous hésité à dire oui ?
Ce serait plus facile de ne pas parler de ces choses. Et j’ai conscience que certains nous reprocherons d’en parler "encore"… Nous aimerions tous que ces réalités n’existent pas, que tout puisse être ancien, enfoui et oublié. Je crois, au contraire, que nous avons un devoir de parler, parce que justement c’est essentiel pour les victimes. Il faut par exemple entendre le père Pralong expliquer dans le film "qu’un enfant abusé sexuellement est plongé dans une confusion entre l’abuseur et la victime : il a comme l’impression d’avoir joué le rôle de “celui qui aurait voulu être abusé”, s’enferme dans le silence et le déni, l’angoisse, parfois suicidaire. Cela casse le rapport, non seulement à l’autorité, mais par rebondissement la relation avec Dieu".
 
Justement, Daniel Pittet n’a pas rompu sa relation avec Dieu.
Oui, il raconte comment et pourquoi dans le film ; cela aussi est bouleversant, chez lui. Vous savez, Daniel est un homme particulièrement attachant, qui a été à l’origine de nombreuses initiatives d’évangélisation en Suisse, qui a édité en 15 langues un petit livre pour mettre en valeur la richesse des vocations, à l’occasion de l’Année de la Vie consacrée. C’est un personnage, qui a a ronté le pire et a gardé ou reçu, après cela, la force de soulever des montagnes. Un homme fragile, certes, mais debout. Vous allez voir : il ne laisse pas indifférent, ni déprimé.