Saint Bruno, père des ChartreuxKTO vous propose depuis hier soir une immersion à Rome à l'occasion du Synode sur la famille. Mais la chaîne n'est pas devenue monochrome. En cette vigile de la saint Bruno, découvrez ce soir le film inédit de Marc Jeanson sur Bruno, le père des chartreux.

Il s'agit d'un véritable événement, d'abord parce que l'ordre cartusien tient parfaitement fermé les portes de ses monastères, et refuse depuis des années l'intrusion des caméras ; ensuite, parce que le film, retraçant la vie et l'esprit du saint grâce à une iconographie merveilleuse, s'avère d'une grande densité spirituelle.

Voici ce qu'en a dit Marc Jeanson lui-même, interrogé dans notre journal des programmes, KTOmag.

Avoir pu tourner un tel document est plus qu’exceptionnel ; pouvez-vous nous dire pourquoi et comment s’est déroulée cette aventure ?

Il est vrai que le déroulement de celle-ci est très étonnante ! Au cours des années 90 et 2000 nous avons tourné plusieurs films sur des communautés monastiques, puis ce fut la rencontre avec les Monastères de Bethléem avec lesquels nous avons coopéré pendant une douzaine d'années. Un moine et ami très cher m'avait parlé d'un lieu de ressourcement exceptionnel ou il avait séjourné à plusieurs reprises et dont il gardait une grande nostalgie : le Monastere Saint-Macaire situé dans le désert égyptien, un lieu extraordinaire fondé en 360 par Saint Macaire le Grand où la présence monastique n'avait jamais été interrompue. Je leur ai adressé une demande de tournage qui a été acceptée, et réalisé le documentaire "La Lumière du Désert" que KTO diffuse régulièrement depuis 2008. Ce fut une expérience qui me marqua profondément, et la rencontre avec cet ermite qui nous parle de sa proximité avec le Christ dans sa grotte de pierre et de sable, où il vit à la façon des premiers pères du désert, continue de m'habiter... 

Plusieurs années après, en août 2014, j'ai été contacté par le Monastère de la Grande Chartreuse pour réaliser ce film consacré à saint Bruno, et à son fruit spirituel : la naissance de l'ordre cartusien. Ce fut tout d'abord une très belle surprise à laquelle s'ajoutait une certaine confusion, car la "marche cartusienne" est haute et impressionnante... Et au cours de la première rencontre avec les moines à la Grande Chartreuse, quelle ne fut pas ma surprise de les entendre me dire qu'il y avait une grande proximité d'âme avec le monastère Saint-Macaire. En effet, il existait un lien tout à fait direct entre les pères du désert égyptien et la Grande Chartreuse. Ainsi tout se rejoignait et soudain s'éclairait !

La coopération avec les Chartreux a été simple, vraie, joyeuse... Et dense ! Nous sommes partis à la fois de leurs textes fondamentaux et d'une exposition consacrée à saint Bruno, qu'ils avaient organisée l'an dernier au Musée de la Grande Chartreuse. Des œuvres qui, dans leur grande majorité, n'avaient jamais été présentées au grand public. Nous avons fait plusieurs séjours en chartreuse à différentes saisons, nous avons filmé ces tableaux et sculptures, puis les paysages de montagne extraordinaires et changeants, puis progressivement la vie des moines : le spaciement, la vie en cellule, le travail etc.. Ensuite ce fut la phase de montage, toujours très importante. Pour cela, je leur ai proposé de venir m'installer quelques jours dans l'hôtellerie du monastère avec un matériel de montage, afin de poser ensemble les premières bases du film. J'ai continué ensuite le travail chez moi en Vendée, et nous avons eu des échanges réguliers permettant de valider progressivement et par étapes le film.

Comment la spiritualité cartusienne se laisse-t-elle mettre en image ?

Notre travail doit un peu s'inspirer - me semble-t-il - de la Lectio Divina monastique : se dégager du bruit du monde, de nos idées toutes faites, de nos a-priori, pour nous mettre en écoute et laisser les vérités exhaler leurs parfums et nous envahir... En fait nous placer nous-mêmes dans une attitude contemplative, plutôt que d'être tout de suite dans le "faire". C'est à ces conditions seules que nous pouvons parfois, avec la pure grâce de Dieu, nous approcher de l'invisible, et comme le disait Paul VI je crois "laisser percevoir les champs de lumière cachés derrière le mystère de toute vie humaine".

Ensuite, ce qui m'a beaucoup frappé est le profond équilibre de la Règle de Vie des Chartreux. Certes, cette vie est rude et exigeante, mais on y est heureux et cela transparaît. Il s'agit d'une vie simple, paisible, un mélange de vie érémitique et cénobitique loin des hommes mais au cœur du monde. Et c'est cela que nous avons souhaité montrer et faire vivre avec ce film.

Qu’est-ce qui vous a touché personnellement chez saint Bruno ?

Cette phrase écrite par lui : "Quitter les lueurs fugitives du siècle pour se mettre en quête des biens éternels", fantastique défi à l'époque pour cet homme considéré comme l'un des plus grands intellectuels de son temps, et promis à toutes les gloires et à tous les honneurs...

Fantastique défi aujourd'hui plus que jamais, pour nous qui vivons dans un espace zébré en permanence de milliards de connections et d'images, qui me fait penser au filet de l'oiseleur des psaumes... Quitter les lueurs fugitives du siècle pour entrer dans le grand silence de Dieu...

Un documentaire à voir sur KTO lundi 5 octobre 2015 à partir de 20h45, et à revoir ensuite sur cette page.