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 Article paru dans le N°172 de
KTOMag, le Journal des programmes de KTO.

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 Jeanne Emilie de Villeneuve

La vie en bleu

Le 17 décembre 2007, la nouvelle arrive : Mgr Pierre-Marie Carré, archevêque d'Albi, apprend que le procès en béatification de Jeanne-Emilie de Villeneuve touche à sa fin. Benoît XVI autorise la Congrégation pour les Causes des Saints à en promulguer le Décret.

Rose-Line Courreau, responsable de la communication du diocèse d'Albi, Lavaur et Castres, nous raconte la phase finale de cette aventure. « Nous nous préparons à cette journée depuis près d'un an. Nous l'avions intégrée à la démarche de notre année diocésaine, fixée par Mgr Carré, notre évêque, et qui était "Marchons vers la sainteté ". "Allez où les pauvres nous appellent", disait Emilie. La congrégation suit cette devise et Mgr Carré, notre évêque, fait de même. Il n'a jamais envisagé la Béatification pour la Béatification. Ce doit être une mise en marche vers la sainteté à laquelle nous sommes tous appelés. Cette sainteté pour tous, nous l'avons relue à travers la vie d'Emilie, qui vivait une époque de pauvreté, comme la nôtre. Et il n'était pas simple pour une femme d'agir de la sorte... »


Jeanne Emilie de VilleneuveÉmilie de Villeneuve, qui sera béatifiée le 5 juillet, naît à Toulouse le 9 mars 1811 et grandit au château d'Hauterive (Tarn) où son père emploie un grand nombre de personnes dans sa nouvelle industrie du traitement du cuir. Il manifeste un solide sens social et crée un cours d'apprentissage pour les jeunes gens et une société de secours mutuel. La mort de sa mère, alors qu'elle n'a que 14 ans, marque profondément Emilie. Trois ans plus tard, sa sœur cadette Octavie meurt à son tour et elle devient la maîtresse de maison du château.
Son amie Coraly de Gaïx la décrit comme une personne solitaire et généreuse. Adolescente, Émilie prend l'habitude de confier à la Vierge, ses joies, ses peines, ses choix. Marie devient sa compagne et sa confidente. La passion d'Émilie est son amour de Dieu et des plus pauvres. Émilie veut être avec les pauvres, les malades, les prisonniers, les prostituées et leur montrer que Dieu les aime aussi. Elle disait : « Je sens que le Seigneur me demande de grands sacrifices. Je comprends que je ne dois pas rester ici, le bonheur duquel j'ai jouit sans mesure me retient très éloignée de ce Dieu qui a voulu naître dans une étable, a travaillé, souffert et est mort pour nous. »


La charité ne suffit pas !


Pour elle, les aumônes, "faire la charité", ne suffit pas. Elle dira à son père : « C'est pour Dieu que je vous quitte, je veux servir les pauvres ! ». Et Emilie le quitte effectivement en 1836, pour fonder avec deux autres jeunes filles, le 8 décembre, la Congrégation des sœurs de Notre Dame de l'Immaculée Conception. Leur devise : « Dieu seul ». Toutes les communautés dans les débuts auront la triple mission d'accueillir des jeunes filles fragilisées par la misère, de s'occuper des prisonniers mais également de l'éducation des enfants et des soins aux malades.
Aller où Jésus n'est ni connu, ni aimé : c'est en suivant cette voie qu'en 1848, elle envoie des sœurs au Sénégal. L'année suivante, elles partent en Gambie et au Gabon. Malgré la distance, Emilie, qui reste en France, garde un lien étroit avec ses sœurs. En 1853, après plus de 15 années de combat quotidien, Emilie fait le choix de ne plus être Supérieure générale. Elle meurt un an plus tard du choléra, le 2 octobre 1854. Elle a offert sa vie pour que s'arrête l'épidémie qui sévit à Castres.

L'expansion de la Congrégation se poursuivra après sa mort. En Europe, en Amérique latine, en Asie, celles qu'on appelle les Sœurs bleues de Castres en raison de la couleur de l'habit qu'elles ont porté se veulent présentes "dans toutes les situations où la vie est menacée". Dernière installation en date : les Philippines en 1998. « Le chemin de sainteté d'Emilie est encore celui suivi par les sœurs aujourd'hui. Aux Philippines, elles s'occupent des jeunes filles qui sont séparées de leurs familles, qui sont mises au travail très tôt. », explique Rose-Line Courreau...


« Comme à Cana ! »


Nous voici donc à l'aube d'une Béatification qui touchera les chrétiens bien au-delà de Castres... « Etes-vous prêt, Monsieur Pistre ? » « Non ! On le sera quand ce sera fini ! », plaisante Henri Pistre, coordinateur de l'événement à Castres qui avoue se sentir un peu dépassé par cette mission. Ses interlocuteurs déclarent pourtant qu'il s'en acquitte très bien. « C'est une organisation très importante, ajoute-t-il. Nous attendons 4 000 personnes, dont 870 sont à loger. Il faut tout prévoir pour les 150 à 200 bénévoles qui se sont proposés. Il faut aussi penser aux assurances, se mettre au point avec la police ou les pompiers pour la sécurité. Et bien sûr, il faut de l'eau ! Il peut faire très chaud, chez nous ! » Et de conclure : « En tout cas, notamment avec KTO, tout se déroule dans une ambiance très cordiale et amicale. C'est très sympathique. »

« Pour les aspects matériels et techniques de l'événement, on fait comme à Cana ! », s'enthousiasme Rose-Line Courreau. « Les gens de KTO sont venus nous donner des conseils pour que la célébration soit parfaite et bien mise en image et en lumière », ajoute-t-elle. Parmi les équipes de la chaîne, Magali Mellet, chargée de production de KTO : « Pour tout préparer, nous avons pris contact avec le diocèse et Henri Pistre. Tout un tas d'éléments sont à ajuster : comment placer le podium ? Où mettre les caméras ? Et à quelle hauteur ? Un exemple : Vous placez les caméras à une certaine hauteur, qui est au dessus de la tête des gens. Parfait, mais s'ils ont des fanions, et donc les bras levés, les téléspectateurs ne voient plus rien ! Nous avons également vu le son avec l'ingénieur du son de RCF Pays Tarnais, bien sûr. Il faut également que nous sachions si des personnalités seront présentes etc. »

« Un tel événement, exige beaucoup de coordination et des détails se révèlent une fois sur place. Nos interlocuteurs sont très préparés. La coordination a été très bien faite et nous allons vivre un bel événement sur KTO » conclue Magali Mellet. Et Rose-Line Courreau de poursuivre : « Bien sûr, nous allons mettre le paquet, mais ce qui compte c'est que notre diocèse apporte quelque chose en tant que communauté chrétienne, avec l'aide d'autres chrétiens. Comme le dit le spectacle que nous présentons la veille, nous voulons ces jours-là "colorer le monde en bleu, le bleu vivant de Marie" ».

Béatrice Côte de Soux

 

Le miracle

Le jour de la Béatification, la messe sera présidée par le cardinal Angelo Amato, légat du Pape et préfet de la Congrégation pour les causes des saints. Pour y parvenir, il a fallu une instruction du dossier de près de soixante ans. C'est un miracle attribué à l'intercession de la fondatrice de la Congrégation des Sœurs bleues de Castres qui a permis de clore le procès.

Le miracle d'Emilie ? Une jeune Guinéenne était hospitalisée dans un état désespéré en Espagne. Elle avait ingéré de la soude caustique et se trouvait plongée dans le coma. La jeune femme recevait la visite de Sœurs bleues d'un couvent voisin. Elles lui remirent une relique d'Émilie de Villeneuve et commencèrent une neuvaine... qui aboutit à une guérison complète de la malade, avant même la fin des neuf jours de prière.